"La forêt de Mogari" au coeur du deuil

Publié le par Thomas Grascoeur

La-foret-de-Mogari.jpg        Le début d'une averse, le coucher du soleil, le passage des nuages, le souffle du vent ; Naomi KAWASE prend le temps d'écouter le silence et filme l'invisible. Comme dans les films de TARKOVSKI, on a l'impression qu'il ne se passe rien et tout, pourtant, est en train d'arriver. 

        Mogari, c'est la fin du deuil en japonais ; c'est aussi une forêt où se perdent un vieil homme et une jeune femme. Larmes et pluies, arbre mort et solitudes, vent et murmures, feu et corps enlacés, le film avance au rythme de cette errance initiatique, entre la douceur bouleversante de la lumière et de la musique, et la violence déchirante d'un orage, d'un arbre qui tombe, de la mort d'un enfant ou d'une épouse. 

        "Vivre, c'est manger, mais c'est aussi avoir le sentiment qu'on vit", déclare un moine boudhiste au début du film. On est loin d'une démonstration cartésienne ; chaque image frappe par sa beauté fragile et éphémère, et nous apprend à goûter jusqu'au moindre souffle, au rythme du jour et de la nuit.
         
"Nos vies sont solitaires, c'est la société actuelle qui veut ça" dit-il encore. Au plus profond de la forêt, quand tout est perdu, on entend passer un hélicoptère, mais il s'éloigne sans qu'on l'ait vu. La caméra suit les protagonistes avec distance et réserve, comme un personnage imaginaire, et le spectateur, à son rythme, voit avec ses yeux. La forêt de Mogari est une invitation bouleversante à vivre ensemble. Un chef-d'oeuvre.

 

Publié dans Japon

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Hulkyboy 13/12/2007 20:50

Une grande bouffée d'air frais aux images de Kawase epoustoufflante !


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