"J'ai toujours rêvé d'être un gangster", la cruelle ballade des gentils
Avec J'ai toujours rêvé d'être un gangster, Samuel BENCHETRITsigne un hommage au film noir, du cinéma muet à la Nouvelle Vague, mais aussi un film à sketches aux histoires croisées. Un braqueur raté, une otage suicidaire, des chanteurs à bout de course, un gang perdu... Entre burlesque et nostalgie, ce film révèle la candeur humaine.
La forme est celle d'un film de gangsters, de durs, de truands, mais les personnages sont trahis par la réalité des choses et les braquages tournent court. Ils jouent des rôles qui les dépassent et cherchent à les jouer malgré tout, par habitude, sans trop savoir pourquoi mais parce qu'il faut bien vivre et parce qu'il faudra mourir. Perdus dans cette démesure formelle, ils réalisent que toutes ces choses familières qui les ont toujours entouré, ne leur ont jamais appartenu. Le monde se transforme sans eux, et ces rôles qu'ils tentent de jouer, ce n'est peut-être pas ce qu'ils sont vraiment. Ils découvrent leur profonde faiblesse et s'en effraient.
L'unité du film, c'est cette dépossession et cette naïveté. C'est la quête de soi et des autres. C'est la confiance et l'inquiétude.
Dans ce film comme dans la vie, on est plus souvent du côté de celui qui attend que de celui qui agit. On regarde, on guette, on rit, puis on médite. Dans le registre de l'absurde, Aaltra était systématique et assez creux, dans celui de l'hommage au film noir, The Good German était grandiloquent et appuyé. J'ai toujours rêvé d'être un gangster trouve un ton unique, à la fois doux et triste, confiant mais désabusé. Sincère et profond comme un regard. Ou un sourire.