"L'homme sans âge" déjà daté
Après dix ans d'absence, Francis Ford COPPOLA ("le" Coppola) nous livre son dernier opus. Il signe ici un hommage au cinéma, et surtout à lui-même. Générique kitch (Tim Roth in Youth without Youth...), plans de face en studio, à la manière des chefs-d'oeuvre des années 30.. et de Dracula ; séquence flash-back d'ouverture ponctuée par le balancier d'une horloge qui rappelle étrangement la scène de rêve éveillé au ventilateur d'Apocalypse-Now, clairs-obscurs sur Matt DAMON dignes du Parrain, Francis Ford n'a pas perdu la main. Il émerveille encore par ses astuces visuelles (scènes de rêve à l'envers éblouissante), la clarté de sa photographie, le soin des lumières, la précision du son...
Mais pas forcément par son scénario. Fantastique à visées métaphysique, on s'assoupit en pleine métempsychose. Cette jouvence soudaine frise avec Faust sans atteindre GOETHE. Méphisto comme autre moi-même, tout ça, on l'a déjà vu... Bucarest, Inde, Suisse... on se croirait dans les Aventuriers de l'Arche Perdue ou dans un mauvais Tintin. Et puis, même pour un film fantastique, le concept de chercheur est plutôt tordant ; au fond, être un linguiste, ce n'est qu'une affaire de mémoire. Il suffit de lire tous les livres possibles. Pas de problème de sources, d'erreur humaine, de... Ok, ok, ce n'est que de la fiction. Mais quand même !
Reste la composition incroyable de Tim ROTH qui perd ses dents comme personne ; même Bruno GANZ y croit ! Et puis comme toujours une impression de puissance, de maîtrise de l'esthétique. Tout ça... Pour une rose dans la main d'un cadavre gelé...
L'histoire d'amour s'efface devant la virtuosité du maquillage. C'est dommage. En voyant Apocalypse Now, le cinéaste russe Andreï TARKOVSKI s'était déclaré très déçu : "C'est de la bande dessinée", avait-il écrit dans son Journal. C'est vrai. Mais alors de la très grande BD.