Un tout jeune adolescent de la campagne serbe va vendre une vache à la ville ; il promet à son grand-père de ramener une icône, un souvenir, et une
femme.
C'est l'argument du film, qui dès les premières images prend le goût d'un rêve d'adolescent. Un grand-père, jovial, bonhomme, des inventions
farfelues nichées dans la maison, des filles magnifiques, un amour éternel, des super-héros et des méchants. Kusturica détourne tous les stéréotypes des grosses productions américaines, avec des
clins d'oeil aux plus connues, de Chitty chitty Bang Bang à Superman, qui défilent comme dans une monstrueuse farandole.
C'est onirique, c'est aussi politique. Au plus fort du burlesque, le grand-père déclare : "C'est par haine qu'Hitler a envahi la Pologne; les temps ont
changé, aujourd'hui les Puissants tuent par miséricorde". Cet adolescent et cette jeune fille pris comme en un étau entre les campagnes, la tradition, la joie de vivre, et la ville, la
corruption, la prostitution, et qui malgré tout recherchent la vie et la joie, est-ce que ça n'est pas aussi et surtout la Serbie ? Les séquences prennent alors un sens beaucoup plus lourd,
que les séquences au bordel rendent insoutenable. Le film finit bien, mais Kusturica souligne qu'il ne s'agit là que d'un "Happy End", donc d'un artifice...
Une fois de plus, il détourne les conventions. Il sait où il va, le spectateur le suit, dans cette torpeur étonnée du rêve. Les premières
images hypnotisent et le public ne se pose plus de question. Mais dans le film, quand on endort quelqu'un, c'est pour le castrer.