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  • : Envie de continuer à parler des films la séance finie ? Envie d'aller plus loin, de partager ses coups de coeur, ses déceptions, ses attentes... Films à l'affiche, sortie DVD, grands classiques... Vite, parlons de cinéma !
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Lundi 21 avril 2008

       Le réalisateur russe Sergeï BODROV a réalisé une fresque épique à partir des récits légendaires de la vie de Gengis Khan et de sa femme. Mongol marche sur les traces de David LEAN pour son souffle lyrique, et de ZHANG Yimou (particulièrement de Hero) pour ses scènes de combats et son symbolisme. HONGLEI Sun, un des deux acteurs principaux (tous deux remarquables), avait d'ailleurs joué le rôle du tout jeune instituteur de The Road Home pour une des plus belles fables cinématographiques de ZHANG Yimou.
        La photo est souvent splendide, mais recourt top souvent à des fontaines de sang (au choix, en ralenti ou en accéléré) quand elle n'arrive pas à atteindre la virtuosité d'un Michael MANN ou d'un Terrence MALICK.
       A l'amour et au sang vient s'ajouter une divinité, puisque le chef mongol, reclus dans la montagne, décide d'apporter des lois à son peuple (ne pas tuer ses frères, payer ses dettes, obéir à son chef...) et de tuer tous ceux qui s'y opposeront, cette infraction temporaire à la loi trouvant sa récompense dans des lendemains meilleurs... que le réalisateur se contentera de résumer en quelques lignes sur un fond de soleil levant. C'est un peu court pour un film aussi long. Identité d'un peuple, dictature, fanatisme... Mongol s'achève sans que les idoles aient été brisées.

par Thomas Grascoeur
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Samedi 9 février 2008

undefined        Comme dans le Retour, Andreï ZVIAGUINTSEV s'appuie sur les codes du film noir pour mieux rebondir vers le symbole. Une voiture qui fonce à travers les champs, une balle qu'on extrait d'un bras, une famille qui fuit pour se réfugier à la campagne, l'atmosphère est lourde, terrienne, comme dans un Ridley SCOTT ou un film de mafia. Cependant, le rythme est lent, anormalement lent, le son inquiétant, et le cadre ne s'attache pas à l'action. Il traîne sur un arbre, sur l'homme qui se lave les mains après avoir extrait la balle, sur les poteaux électriques qui font des croix dans le ciel. Une petite fille s'appelle Eve, la nature est sauvage. 

        Dans Le Retour, il y avait un fait divers : un homme se présente à deux enfants ; c'est leur père, mais ils ne le reconnaissent pas. Il les emmène en voyage sur une île. Il meurt accidentellement en tombant d'une tour, pour rechercher un de ses fils. Ses enfants ramènent son corps en barque. Ils le reconnaissent enfin, mais à ce moment la barque coule et le corps disparait. En filigrane, on pouvait y voir un commentaire des évangiles, plus précisément comment chaque homme est une figure christique. 
        Le génie de ZVIAGUINTSEV consiste en ce que le symbole ne prend pas le pas sur le réel ; la réalité n'est pas adaptée, améliorée, pour cadrer avec sa Foi, mais les deux conversent. Le symbole n'est pas le plus important, c'est son incarnation dans la réalité, c'est l'éclairage qu'il peut donner à la vie et au goût qu'elle a. On peut ne voir que le fait divers, il en fait un midrash, une parabole contemporaine, qu'on accepte ou qu'on refuse. Ce n'est pas l'hagiographie d'un saint, ou l'adaptation de la Bible, c'est la vie d'un homme ordinaire, à laquelle ZVIAGUINTSEV insuflle délicatement, si l'on veut le voir, une âme, et qui apparaît alors transfigurée. 

        Le Bannissement est tout aussi extraordinaire. L'environnement devient tout d'un coup l'image répétée du paradis perdu ; la fille s'appelle Eve, la silhouette de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal est omniprésent, comme si chaque homme était un nouvel Adam. 
        L'homme se lave les mains du sang de son frère. C'est une figure de Ponce Pilate, indifférent à la mort des autres, donc indifférent à la valeur de la vie. Lors de la visite au cimetière, les enfants demandent : "Pourquoi est-il mort?". L'homme répond : "Tout le monde meurt".
        Le soir même, sa femme lui déclare : "J'attends un enfant. Ce n'est pas le tien". L'homme ne l'accepte pas, hésite à la tuer (conventions du film noir et du drame psychologique à la Fritz LANG), puis sur les conseils de son frère (qu'il avait soigné et dont il s'était lavé du sang), la fait avorter. Le scénario est bouleversant, époustouflant jusqu'à la fin... Je ne le raconterai donc pas.
        
        Comme dans Le Retour, tout peut être lu comme un drame psychologique. L'autre niveau, c'est la valeur de la vie humaine, c'est la mise au centre du monde du dessein d'un dieu pour chaque être, qui loin de rendre l'homme esclave, relève l'homme, puisqu'il participe au dessein de ce dieu. 
        On peut voir le cliché du mari déçu qui part chercher la solitude au milieu d'un orage, on peut aussi se laisser guider par l'image du châssis de la porte, en forme de croix. L'eau ruisselle d'une source tarie, et vient laver la campagne, jusqu'à la maison, jusqu'à la ville, jusqu'au mari, et cette eau devient purificatrice. Le travelling reprend d'ailleurs celui de William WYLER dans Ben Hur, sur l'eau qui ruisselle du calvaire à la mort de Jésus, et vient gonfler les fleuves, jusqu'à la mer.
    
        Le message de ce film, c'est la vie. Ce qui fait sa grandeur, c'est la liberté qu'il laisse au spectateur ; peu importe que celui-ci adhère aux symboles ou non, l'histoire se suffit à elle-même. Elle déroute, on se demande jusqu'où Andreï ZVIAGUINTSEV va oser aller, il surprend jusqu'à la fin, on continue à y penser une fois la projection achevée . C'est un film qui a la densité d'un livre. un chef-d'oeuvre exceptionnel.

 

par Thomas Grascoeur
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Samedi 19 janvier 2008

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        L'île
est le nouveau film de Pavel LOUNGUINE. Vie et mort d'un moine orthodoxe, rongé par le remords, sur une île enneigée. Malgré le sujet, il ne s'agit pas du tout d'une évocation d'Andreï Roublev de TARKOVSKI ou du Retour d'Andreï ZVIAGUINTSEV ; les faits remplacent les symboles. C'est dommage. Reste, peut-être, l'évocation sociologique d'un monastère orthodoxe ? Mais c'est de la fiction, pas un documentaire comme Le Grand Silence sur la Grande Chartreuse, par Philip GRÖNING... Un récit hagiographique imaginaire assez grandiloquent, univoque, que les trois dernières minutes, plus touchantes, ne suffisent pas à éclairer.

par Thomas Grascoeur
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