Benoît POELVOORDE, après Les Deux Mondes,
retrouve le rôle de "l'homme comme tout le monde". S'il ne s'enfonce plus dans le sol en préparant du café, il vit encore des problèmes de couple et de reconnaissance au travail. Mais dans
Cowboy, pas question de devenir "l'élu" d'une tribu imaginaire.
Journaliste raté, son personnage, Daniel PIRON tente de retrouver l'estime de soi en réalisant le documentaire du siècle : rassembler les
protagonistes de la prise d'otage d'un bus scolaire, vingt ans après les faits, pour un voyage à travers la Belgique dans le bus historique.
Pour Daniel, c'est un sujet en or : union nationale, questions sociales, politiques, il y a de quoi réveiller l'opinion belge et la conscience citoyenne
du peuple. (Le film lui-même est inspiré d'une prise d'otage réelle). Il y aura de l'émotion, du patriotisme, du militantisme ouvrier.
Mais l'idéologie se heurte à la réalité, la révolte aux habitudes : sur le tournage, il ne se passe rien. Pas de conflits, pas d'émotion,
rien. Daniel se heurte au dilemne du réalisateur polonais Krzysztof KIESLOWSKI, qui avait fini par abandonner le documentaire au profit de la fiction, car il est impossible de filmer la vie
sans infléchir son déroulement même.
Cowboy est le récit amusé de cette quête, entre confort et absurde, qui culmine à la scène surréaliste de la plage, digne de Deux hommes et
une armoire de Roman POLANSKI. La plage est au cinéma ce que le plateau est au théâtre : tout objet devient absolu. Les lignes tracées dans le sable sont les traits de craie de
BRECHT. Et pourtant, la représentation échoue, parce que théorique.
Les comédiens, Benoît POELVOORDE, Julie DEPARDIEU et Gilbert MELKI sont formidables, mais aussi tous les rôles secondaires jusqu'aux passants dans
la rue. Une comédie réussie sur un documentaire raté.