Sylvie TESTUD avait interprété un petit rôle
dans La Môme ; elle est maintenant Françoise Sagan dans le film de Diane KURYS. Dans la Môme, Marion COTILLARD avait avant tout un jeu d'imitation ; imiter le jeu de Piaf, ses
mimiques, son vieillissement, parfois même jusqu'à la caricature. Charge à la réalisation de nous rendre cette vie contemporaine, en abusant de caméra à l'épaule, flash-backs et casting
populaire.
Dans Sagan, pour la première fois dans ce type de biographies romancées, on nous épargne les scènes pseudo psychanalytiques de l'enfance ; on ne verra pas la genèse de ce "charmant petit monstre" ; on nous livre le mythe brut, tel qu'on l'a imaginé, à travers ses
écrits.
Même si l'image est plate et si la musique peine à rendre la "petite musique bourgeoise" des romans, la réalisation nous replonge dans la diction et l'atmosphère de la fin des années 50. Sagan a
l'accent parisien, les intonations d'une petite fille boudeuse. A l'exception de la dernière scène qui ressemble à une pub pour Givenchy, on part du texte, de l'oeuvre, des "mots" à la Oscar
Wilde de Françoise Sagan ; on ne cherche pas à la comprendre, mais à la restituer dans toutes ses contradictions. C'est alors seulement que peut éclater la sincérité de cette intelligence
étincelante et égoïste jusqu'à la naïveté.
Froideur chaleureuse de Mitterrand, joie triste, liberté prisonnière, amours non partagées, salons, fêtes... En plein 68, le spleen s'étiole, Sagan
pétille. Le mythe est replacé dans son contexte, son accent, sa diction, ses limites, et c'est cet emprisonnement qui nous le rend infiniment proche, profondément attachant.
Par Thomas Grascoeur
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