"La cité interdite" est bien gardée

Publié le par Thomas Grascoeur

La-cit-interdite-sized.jpg        Le dernier wuxia de ZHANG Yimou vient de sortir en DVD. Les amateurs de combats seront déçus ; les passes d'armes se comptent sur les doigts de la main. Et la grande attaque finale, malgré quelques inserts foudroyants, en lumière argentée sur des chrysanthèmes dorés, est aussi insipide que les grandes fresques du Seigneur des Anneaux. Bref, le spectaculaire est baclé. Et visiblement ce n'est pas ce qui intéressait ZHANG Yimou.

        En revanche, toutes les scènes de dialogues sont d'une perfection étonnante (décors éblouissants, montage précis, couleurs chatoyantes). Tout reflète le faste décadent de la Cité Interdite, auquel s'opposent les ombres noires des conjurés. Et comme dans Hero, les couleurs s'affrontent.

        Le film est adapté d'une pièce de théâtre des années 1930, farouchement hostile aux empereurs. ZHANG Yimou reprend le flambeau et les fustige à son tour. Pourtant, Z HANG Yimou a eu à subir des interdictions de séjour à l'étranger suite à certains de ses films... Suite à Vivre, par exemple. Depuis Vivre, il n'avait plus collaboré avec GONG Li, qu'il retrouve seulement à nouveau. Une coïncidence ? 

        Dans la Cité Interdite, elle incarne la reine, que son mari empoisonne à petit feu. En secret, elle prépare une rébellion qui sera finalement anéantie. Et si c'était la corruption du régime actuel que ZHANG Yimou voulait aussi combattre ?

        Autre coïncidence, tout le film se passe dans la préparation d'une fête inouïe, la Fête des Chrysanthèmes, avec festivités géantes, feux d'artifice... Et c'est justement ZHANG Yimou qui est en train de préparer les cérémonies d'ouvertures des Jeux Olympiques de Pékin... Alors, de qui et de quoi parle-t-il vraiment dans ce film ? 

        Dans Hero, la révolte était étouffée, mais les conjurés, représentés par le calligraphe, l'artiste, comptaient sur la personnalité de l'empereur pour comprendre leur révolte et leur refus final de combattre, dans l'intérêt général du Pays.

        Dans la Cité Interdite, le pouvoir est corrompu ; le dirigeant est une brute, aucun dialogue n'est possible et toute rébellion est vouée à l'échec. Le pays ? Il n'en est même pas question.

       Le film s'achève sans que le véritable propos ait été explicité... Mais les questions sont lourdes... Et interdites ?

Publié dans Chine

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