"Secret Sunshine" ou la face cachée de l'évangélisme coréen

Publié le par Thomas Grascoeur

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        Il y a des films qui mettent mal à l'aise. Secret Sunshine en est certainement un. En trois lignes, c'est l'histoire d'une jeune veuve dont le fils est pris en otage et abattu. Elle trouve une consolation à son désespoir dans une communauté évangélique et décide de pardonner à l'assassin de son fils. Mais celui-ci, en prison, lui déclare qu'il a trouvé la paix et que Dieu lui a pardonné. Comment Dieu a-t-il pu pardonner avant-elle ? Si on a tué, est-ce qu'il suffit seulement de demander pardon pour que tout soit effacé ? Elle sombre alors progressivement dans la folie. Folie dont elle ne sortira, et encore pas sans traumatismes, qu'après un séjour en hôpital psychiatrique.
        Réalisé avec la simplicité désarmante d'un documentaire, ce film surprend à chaque minute, parce qu'on ne sait jamais ce qu'il veut prouver. Et en fin de compte, il ne prouve rien. Il suit, entre les rayons de soleil, le destin d'une femme. Autour d'elle, il y a les parasites, le célibataire attardé qui la colle de trop près, les bonnes âmes finalement indifférentes, le pasteur impuissant... Elle est rejetée par toutes les communautés qu'elle rejoint (village, religion, famille, asile). Elle tente de communiquer sans y parvenir, que ce soit en aidant une voisine à décorer sa boutique, en participant à un karaoké, en rejoignant la communauté évangélique, ou en tentant de faire l'amour avec le pharmacien ; personne ne comprend ce qu'elle veut profondément exprimer. Et pire, chacun tente de se l'approprier, charnellement, spirituellement ou intellectuellement.
        C'est l'histoire d'une fidélité à soi-même, et d'une révolte, jusqu'à la folie. C'est, comme le révèle la dernière image du film, la recherche de la limpidité d'un rayon de soleil dans l'enclos secret d'une cour. 
        Filmé avec réalisme, poésie, humour et distance, quand le film s'arrête, la vie ne reprend pas, elle continue.

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