
Avec ce nouveau film, Arnaud
DESPLECHIN signe une oeuvre chorale virtuose et fluide ; un conte filmé comme un policier à la
Citizen Kane, où c'est la caméra qui mène l'enquête. Une famille, la nuit de Noël, un théâtre
d'ombres, des secrets...
Le film commence dans une indifférence bienveillante qui construit, peu à peu, un nouveau monde. Comme dans un conte de Noël, chacun est tellement
égoïste et vulnérable à la fois, qu'il en devient infiniment touchant. Chacun est impuissant à sauver sa propre vie, mais peut choisir de donner ou de prendre aux autres.
C'est ce jeu d'équilibre, cette vie à plusieurs, dans l'espace et le temps clos de Noël, qui se noue et se dénoue peu à peu. Une justesse absolue, du
jeu, du montage, du son, une image au vol d'une tendresse époustouflante ... L'histoire ne s'achève pas mais l'important, c'est que le spectateur ait changé. Exceptionnel, comme un écho
au
Bannissement de Zviaguintsev.
par Thomas Grascoeur
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Le titre annonçait une fresque
sentimentale en politique sur la tourmente des événements ; mais si l'on voit la tourmente, on peine à distinguer les événements, qui se réduisent aux élections des présidents de la République,
surtout là pour servir de buttes témoins chronologiques à cette épopée un peu brouillonne et simpliste. On mélange allègrement militantisme et nostalgie. "Il faut poursuivre la lutte", dit-on
autour d'un repas chinois mondain. La lutte, peut-être, mais laquelle ? La cause de l'amour libre et des ménages à trois-quatre ? La cause homosexuelle ? La cause de l'avortement ? La
cause des enfants non désirés ? La cause "des sans-papiers" ? La cause du cancer ?
Si le film commence par un éloge du communautarisme hippie, il est peu à peu pris au piège de son propre égoïsme. Finalement, chacun n'aime les autres
que pour lui-même, et la lutte, c'est la bonne conscience. Il y a des victimes, et on s'insurge contre les causes sans les nommer. C'est "le capitalisme", "les lobbies", la "société", qui
viennent finalement remplacer, avec leur main invisible, le destin et les dieux de la tragédie grecque. C'est la limite d'une fiction sentimentale par rapport à un documentaire
engagé.
A la question "qu'a apporté mai 68 ?", un personnage répond : "maintenant, on baise avec qui on veut et on a le droit de ne pas être d'accord". De ne
pas être d'accord, peut-être, mais avec qui ?
La révolution fond face au personnage de Laetitia CASTA, qui se lamente que la vie soit si compliquée et si injuste. Pourquoi est-ce qu'on meurt, alors
qu'on pourrait être si heureux à fumer et faire l'amour ? Mais ça, ce n'est déjà plus de la politique...
Nés en 68, appel à la lutte universelle ? Ironie du sort, ce film restera plutôt une tentative avortée.
par Thomas Grascoeur
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Ambiance rétro, nostalgie de la guerre
froide, jeune rebelle à la James DEAN, vieil aventurier à la Gary COOPER... SPIELBERG et LUCAS essayent de faire du neuf avec de l'ancien. Harrison FORD a pris un coup de vieux, et ce n'est pas
la soucoupe volante des extra-terrestres qui donnera un coup de jeune à ce dernier Indiana Jones !
Il faut dire aussi, qu'après avoir trouvé le Graal, la surenchère était difficile. Heureusement, avec SPIELBERG, au-dessus de Dieu, il y a E.T.
La morale est assez simple ; quand les méchants cherchent la connaissance suprême, Indiana Jones, lui, cherche surtout à sauver sa peau. Restent les
scènes d'actions, malheureusement un peu longues, alourdies d'effets spéciaux inutiles.
Momies, aliens, jungle, fous... On pense surtout aux 7 boules de cristal et à Vol 747 pour Sidney. Avec des fourmis mangeuses d'hommes
en plus. Comme un galop d'essai pour les Tintins à venir...
par Thomas Grascoeur
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"Je suis venu vous faire chier" ; la
célèbre réplique de Michel BOUQUET dans les Côtelettes, pourrait s'appliquer à la première partie du film de Jean BECKER, si ce n'est que Bertrand BLIER épargnait au moins les
spectateurs. En réalité, à la manière de l'Etranger d'Albert Camus, cette première partie ne prendra tout son sens qu'au regard de la suite. Un créatif d'agence de publicité décide
soudainement d'abandonner travail, femme, enfants, amis, après avoir été d'une sincérité cynique avec eux ("je ne t'ai jamais aimée", "toi le gros", "être nature à ce degré là, ça s'appelle de la
connerie", etc.) Cette fuite en avant prendra la forme d'une quête du père et de la transmission. Dans le Bannissement et le Retour de ZVIAGUINTSEV, les personnages sont comme
privés d'une parole commune ; ici, ils préfèrent s'entre-détruire que se reconnaître.
En réponse au jeu très physique (souvent trop physique d'ailleurs) d'Albert DUPONTEL, Pierre VANECK et Marie-Josée CROZE apportent une finesse
d'interprétation et une humanité spontanée qui permet à Deux jours à tuer de trouver un nouveau souffle et d'éviter de justesse la mièvrerie d'un mélo, pour "le temps qui
reste"...
par Thomas Grascoeur
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